LE PROGRAMME SASS
Le Système Aquifère du Sahara Septentrional
Le Système Aquifère du Sahara Septentrional [SASS], partagé par l'Algérie, la
Tunisie et la Libye , occupe une superficie de plus de 1.Million de km2. Le gisement
géologique du SASS est formé de dépôts continentaux dans lesquels on distingue deux
grandes nappes souterraines :celle du Continental Intercalaire [CI], celle du Complexe
Terminal [CT]. Les réserves d'eau accumulées dans ces deux nappes sont de l'ordre de
30.000 Milliards de m3, qui se renouvellent très peu, la recharge du système étant estimée à
un Milliard de m3/an en moyenne. Il s'agit donc la d'une ressource faiblement renouvelable .
Les exutoires naturels : sources et foggaras, sont exploités depuis des temps lointains et ont
donné naissance à des oasis , autour desquelles se sont développés des cultures et des
modes de vie en parfaite symbiose avec l'écosystème saharien.
Depuis près d'un siècle, mais particulièrement au cours des trente dernières années,
l'exploitation par forages , parfois très profonds, a commencé à entamer cette réserve d'eau
souterraine : de 1970 à 2000, les prélèvements totaux sont passés de 0,6 à 2,5 milliards de
m3/an; ils sont utilisés à des fins agricoles pour l'irrigation, pour l'eau potable et les
industries. Le nombre de points d'eau est estimé à 8800 : forages et sources .
Les administrations responsables des ressources en eau sont en charge de la
gestion de cet aquifère : ANRH (Agence Nationale des Ressources Hydrauliques) en
Algérie, DGRE ( Direction Générale des Ressources en Eau) en Tunisie et GWA ( General
Water Authority) en Libye. Les utilisateurs sont les agriculteurs traditionnels qui cultivent
intensément les oasis, ceux qui pratiquent la céréaliculture irriguée, les éleveurs qui
bénéficient de points d'eau, les habitants des villes du SASS, les industries, notamment
pétrole et tourisme .
La problématique du SASS est celle de la meilleure utilisation possible de ce
réservoir d'eau dans une optique de durabilité , sachant qu'un certain nombre de problèmes
se posent de plus en plus sérieusement : - à force de pomper dans les deux systèmes, le
niveau de l'eau baisse régulièrement , et le coût du pompage augmente ; - les exutoires
naturels tarissent (sources, puits artésiens); - le risque de détérioration de la qualité de l'eau
et d'accroissement de sa salinité se précise comme un danger imminent .
Les responsables des trois pays ont pris conscience de ces risques et dès 1972 un
grand programme algéro-tunisien, l'ERESS, a permis d'élaborer une première modélisation
de l'exploitation de cet aquifère sur la base des prélèvements dans ces deux pays et de
prévisions d'utilisation.
Vingt ans plus tard, l'Observatoire du Sahara et du Sahel organisait au Caire , en
1992, le premier atelier de travail sur les aquifères des grands bassins. C'est dans le cadre
du programme OSS intitulé « aquifère des grands bassins » que le projet spécifique
« SASS » est né après une série de séminaires et d'ateliers régionaux organisés à l'initiative
de l'OSS entre 1992 et 1997. Un document de projet a été adopté lors du séminaire de Tunis
en septembre 1997 à l'issue duquel l'OSS a été chargé de la maîtrise d'ouvrage du
programme et de la recherche de financements.
En 1998 l'OSS a obtenu l'appui de la coopération suisse, du FIDA et de la FAO pour
une première phase de trois ans qui a été lancée officiellement en mai 1999 à Rome .
Les objectifs du projet SASS ont été ainsi définis :
-
apporter une valeur ajoutée aux modèles précédents, notamment l'ERESS,
en intégrant la partie libyenne et en exploitant les données qui se sont
accumulées en trente ans ;
-
faire une évaluation des volumes d'eau exploitables et mettre au point un
modèle mathématique de gestion en associant en permanence les
compétences nationales des trois pays et en tenant compte des politiques
nationales ; -
-
réaliser une base de données commune aux trois pays destinée à valoriser
l'information et être un outil d' échange ; cette base de données devait
préfigurer un futur « observatoire du SASS » ; -
-
organiser des séminaires thématiques et de formation regroupant les
techniciens des trois pays; -
-
actualiser les états des prélèvements ; -
-
mettre en place un mécanisme de concertation destiné à institutionnaliser le
cadre de coopération créé par le programme , rendre durable les
programmes d'actualisation des informations, d'échanges et de suivi et
concrétiser la « conscience de bassin » qui s'est progressivement
développée .
Lors de la mise en oeuvre du projet , ces objectifs ont été déclinés en « activités »,
qui comprennent trois grands volets :
-
l'actualisation de la connaissance hydrogéologique du système et
l'élaboration de la Base de Données commune ;
-
la construction et l'exploitation du Modèle du SASS ; -
-
la mise en place du mécanisme de concertation .
L'Avenir du SASS et la Coopération régionale
Comment se présente l'avenir du SASS au terme de cette phase d'investigation ? Entre
l'Algérie, la Tunisie et la Libye, le Complexe Terminal aujourd'hui, le Continental Intercalaire
demain, se trouvent dans un état d'exploitation tel qu'il faudra bien un jour y contrôler
ensemble les prélèvements dans les deux nappes. Comment contrôler ces débits dans le
cadre d'une volonté des Etats de contribuer mutuellement à garantir l'avenir de la région,
notamment par une politique concertée de préservation des ressources en eau ? la pratique
du partenariat au cours du projet SASS a progressivement forgé la confiance mutuelle entre
équipes techniques, la conscience que les problèmes rencontrés par les uns dépendent en
partie des actions menées par les autres, la conviction que l'échange d'informations, qui
fonde toute solidarité, est devenu une activité non seulement possible mais nécessaire.
En termes d'échanges d'informations, le projet SASS a d'ores et déjà permis des avancées
appréciables : la Base de Données commune renfermant l'ensemble des informations
actuelles et passées sur tous les points d'eau, leurs niveaux, leurs débits, est opérationnelle
dans les trois pays. A cet égard, la bonne volonté des trois autorités de l'eau pour la
communication des données a été exemplaire. Par ailleurs, le Modèle du SASS est
disponible et opérationnel dans chacun des trois pays . Une forme de concertation efficace
peut d'abord consister à assurer l'entretien, le développement et l'actualisation permanente
de ces deux outils : Base de Données et Modèle de Simulation. Cette mission doit être
confiée à un organe permanent présentant les qualités indispensables à la pérennisation de
l'opération. Les trois pays du SASS ont été favorables à la création d'un mécanisme tripartite
permanent de concertation pour la gestion commune du SASS : la mise en place d'un
mécanisme institutionnel élaboré et durable s'avérait nécessaire, sa mise en oeuvre devant
se faire d'une manière progressive. Ses attributions sont multiples et centrées autour de la
production d'indicateurs de suivi, du développement des bases de données et des modèles,
de la promotion d'études, de recherches et de formations, de la réflexion sur l'évolution
future du mécanisme.